Racines et inspirations : les toutes premières thématiques de la Foire de Rennes

12/10/2025

Retour aux sources : la création de la Foire de Rennes

Avant de parler thématiques, resituons la naissance de la Foire de Rennes. L’idée surgit dans l’immédiat après-guerre de 1918, au cœur d’une Bretagne rurale qui cherche à se reconstruire et valoriser ses richesses. L’objectif était à la fois économique et social : offrir un espace de rencontres pour les producteurs, commerçants, artisans et un public curieux. C’est en 1926 que la première édition voit officiellement le jour, sous l’impulsion de la Chambre de Commerce de Rennes. (Source : Archives de Rennes, dossier Foire de Rennes, 1926-1930)

  • Date de la première foire : 7 mars 1926
  • Lieu : Halle Martenot et esplanade du Champ de Mars
  • Nombre de visiteurs recensés : 25 000 environ lors de la première édition

L’agriculture, le cœur battant des toutes premières éditions

Dès sa création, la Foire de Rennes s’enracine profondément dans la vie agricole locale. Le secteur représente alors plus de 60% de l’économie du département d’Ille-et-Vilaine. Aucun doute : l’agriculture s’impose comme la vedette de la programmation et de l’animation.

Une vitrine des produits et des talents agricoles

  • Présentations de bétail : vaches laitières de race pie noire, chevaux de trait breton, porcs blancs de l’Ouest... Les concours d’animaux attiraient le public et mettaient en valeur le savoir-faire des éleveurs. On retrouvait ces concours dans les Halles Martenot, parfois accompagnés de remises de prix officielles.
  • Expositions de machines agricoles : tracteurs, batteuses et les premières moissonneuses, souvent de marques françaises ou anglaises. Les visiteurs découvraient de véritables démonstrations de mécanisation, symbolisant la modernité qui entrait dans les campagnes.
  • Marché de graines, semences et plants : on vendait et on échangeait localement, favorisant la dynamisation du secteur agricole.

La dimension pédagogique n’était pas oubliée : écoles agricoles, instituts de recherche, coopératives participaient activement et prenaient la parole, sensibilisant sur les pratiques agricoles et la nécessité d’une agriculture performante pour la prospérité régionale. (Source : Ouest-France, édition spéciale "90 ans de la Foire de Rennes", mars 2016)

Un ancrage commercial et artisanal affirmé

Si l’image “Foire = Salon agricole” était (à raison) associée à la première décennie, ce serait pourtant réducteur d’oublier le volet artisanal et commercial, déjà très présent. La Foire se voulait dès le départ une vitrine générale de ce que la région savait produire.

Artisans en vedette & innovations à la bretonne

  • Menuisiers, forgerons, tailleurs de pierre : exposaient leurs œuvres et outils, concrétisant la richesse du patrimoine artisanal d’Ille-et-Vilaine.
  • Textiles et tanneries : la filière peausserie et les manufactures rennaises profitaient de la Foire pour présenter nouveautés et recrutements.
  • L’épicerie et la conserve : c’est dans les foires de l’entre-deux-guerres que se sont multipliés stands d’épiciers, conserveurs (comme Chancerelle ou Cassegrain, très présents dans l’Ouest à l’époque), et les premiers magasins de “nouveautés” (mercerie, quincaillerie) du centre-ville de Rennes, incités à sortir des boutiques.
  • Du côté de la gastronomie : fromagers, charcutiers, boulangers locaux organisaient dégustations et concours. On retrouve dès 1927 un concours du "meilleur pain complet", alors que la tradition boulangère cherche à se moderniser.

L’industrie locale, une ouverture précoce tournée vers l’avenir

À l’aube des années 1930, la Foire s’émancipe progressivement de la stricte sphère agricole pour embrasser l’industrialisation. Rennes, avec son tissu d’entreprises mécaniques, textiles ou alimentaires, souhaite s’afficher comme un territoire d’avenir.

  • Présence remarquée de la Brasserie Graff (née à Rennes en 1865) : qui occupe l’un des plus grands stands et offre des dégustations de bières locales aux visiteurs.
  • Fabricants de cycles : la marque rennaise de bicyclettes "Alphonse Durand" propose démonstrations et essais, dans une ambiance festive.
  • Les premiers moteurs automobiles régionalisés : la firme La Licorne (qui implante un entrepôt-rennais en 1929) se fait repérer en présentant ses nouveaux modèles lors de la Foire.

La Foire devient alors espace de dialogue entre innovations techniques et traditions locales, mais également rendez-vous où les entrepreneurs venaient, déjà, créer leur réseau d’influence. (Source : Rennes Métropole Magazine, "La Foire, miroir de l'essor rennais", mars 2016)

L’appel du terroir breton

Au fil des premières éditions, si la Foire conserve son ambition modernisatrice, l’identité bretonne n’est jamais très loin. Les organisateurs ne manquent pas de rappeler la singularité de la région :

  • Stands dédiés aux produits du terroir : galettes, cidres fermiers, miel de bruyère et beurre salé sont mis à l’honneur. La Confrérie du Cidre, dès 1928, anime un concours du "meilleur cidre doux”.
  • Groupes folkloriques et festoù-noz : chants et danses traditionnels dynamisent les soirées, invités par le Comité des Fêtes de Rennes.
  • Mise en lumière de la langue bretonne : certains exposants installent des panneaux bilingues ou proposent des ateliers de chant en breton, timidement à partir de 1930.

Cette attention pour les savoir-faire régionaux préfigure déjà la volonté, qui s'affirmera plus tard, d’offrir un rendez-vous à la fois économique et culturel.

Quand la Foire accompagne la vie quotidienne des Rennais.es

Les thèmes des premières années collaient au plus près des préoccupations de l’époque :

  • Le logement : présentation de plans d’habitat économique, stimulation de la reconstruction des banlieues, solutions pour l’électricité domestique (premières ampoules, cuisinières électriques).
  • L’éducation et la santé : démonstrations d’hygiène alimentaire, affiches contre la tuberculose, conférences sur la scolarisation en milieu rural.
  • Diversification des loisirs : présentation de jeux, d’appareils radiophoniques (les premières radios grand public sont exposées dès 1933), offres touristiques autour du canal d’Ille-et-Rance.

Pragmatisme, entraide et ouverture : la Foire s’impose comme un catalyseur de modernité et un trait d’union entre citadins et ruraux, commerçants et foyers, autorités et simples curieux.

Une fête populaire autour de la cité

Enfin, il faut rappeler que la Foire n’était pas seulement un salon, mais aussi une grande fête. Les premières éditions tenaient à marquer les esprits :

  • Cavalcades et jeux populaires: défilés costumés à cheval, courses de sacs, spectacles comiques. Ces moments contribuent à faire de la Foire de Rennes le rendez-vous festif du printemps.
  • Félicitations officielles et inauguration par le maire de Rennes (Émile Montfort à l’époque), renforçant le lien symbolique entre la ville et son événement phare.

Ce modèle populaire a inspiré, dès la fin des années 1920, la création d’autres foires-expositions dans les villes voisines, à Saint-Malo ou Redon.

La Foire sous l’œil de la presse de l’époque

Quand on parcourt les articles d’archives, l’enthousiasme est manifeste. Le Nouvelliste de Rennes en 1928 décrivait la Foire comme : “Un festival des savoir-faire du pays, où se rencontrent la botte du maraîcher et la cravate du grand industriel.”

L’affluence grandissante d’époque en époque incite les organisateurs à diversifier dès les années 1930 les thématiques abordées, notamment avec :

  • la première exposition radiophonique en 1933 (décrite par L’Ouest-Éclair comme “une révolution pour les foyers”)
  • les tout premiers week-ends “dédiés à la jeunesse” avec jeux et courses cyclistes

Et si les publicités insérées dans la presse locale évoquent parfois le “progrès qui avance à grands pas”, ce furent bien les terroirs, les produits utiles et l’artisanat qui tinrent la vedette des premiers chapitres.

Ouverture : La diversité d’hier, l’héritage d’aujourd’hui

Les premières thématiques de la Foire de Rennes, bien ancrées dans la réalité locale, ont façonné l’ADN d’un rendez-vous qui, année après année, continue d’évoluer. Cet événement, pensé pour valoriser l’agriculture, l’artisanat et l’industrie naissante, a très tôt été l’écho des grandes transitions bretonnes : modernisation, ouverture au public urbain, célébration des héritages, sans jamais oublier ses racines.

À chaque édition actuelle, un peu de cette énergie des débuts reste palpable. Comprendre cet ancrage, c’est aussi mieux apprécier la Foire d’aujourd’hui et les mille expériences qui s’y vivent, renouant inlassablement le lien entre la métropole rennaise et son territoire vivant.

Sources : Archives municipales de Rennes ; Ouest-France, mars 2016, "Dossier 90 ans de la Foire de Rennes" ; Rennes Métropole Magazine, mars 2016 ; Le Nouvelliste de Rennes, éditions de mars 1926 et 1928 ; L’Ouest-Éclair, avril 1933.

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