Trente Glorieuses, Trente Années de Renouveau : La Foire de Rennes en Mutation (1950-1970)

24/10/2025

Le contexte des années 1950-1960 à Rennes : une ville et une Foire en pleine relance

Dans l’immédiat après-guerre, Rennes reprend son souffle. La ville, partiellement marquée par les destructions, poursuit sa reconstruction. L’économie locale s’oriente vers l’industrie, le commerce et une modernisation agricole rapide (INSEE Bretagne, archives Rennes). La Foire, événement populaire dès sa première édition en 1926, n’échappe pas à cet élan.

  • Plus de 100 000 visiteurs fréquentent la Foire dès la décennie 1950, selon les chiffres du Comité de la Foire de Rennes.
  • 1951 marque la relance officielle de la Foire après une édition réduite durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Les halls sont rénovés — et rapidement saturés — face à la demande croissante des exposants, symbolisant la reprise de l’économie locale.

La Foire de Rennes s’installe ainsi comme le rendez-vous incontournable de la région, où innovations, traditions et nouvelles technologies se côtoient.

Des innovations à tous les stands : la modernisation au cœur de la Foire

Les grandes tendances de l’après-guerre

Les années 1950-1960 sont celles de l’électroménager, de la voiture et du progrès mécanique. La Foire suit cette évolution sur plusieurs plans :

  • Électroménager étoile de la Foire : Les démonstrations live de réfrigérateurs ou de mixeurs Moulinex captivent le public. À l’édition 1959, un pavillon “foyer moderne” regroupe lave-linge et aspirateurs, attirant principalement un public féminin, phénomène alors inédit.
  • L'automobile s’impose : Peugeot, Renault et Citroën multiplient les présentations de modèles. On note, en 1961, la présence de la Renault 4L ou de la Peugeot 404, symboles de la démocratisation automobile en France (Rennes Municipale 1962).
  • Les premiers gadgets électroniques : À la toute fin des années 1960, le transistor arrive à la Foire — des centaines d’unités vendues sur place chaque jour, selon les commerçants locaux (Le Télégramme, archives).

Le rôle central de l’agriculture

La Bretagne est alors en pleine révolution agricole. La Foire sert de vitrine aux nouvelles machines agricoles, semoirs, tracteurs ou systèmes d’irrigation.

  • En 1965, une démonstration d’un trieur à grains automatique attire plus de 1 500 personnes, preuve que l’innovation attire à la fois professionnels et curieux.
  • Une section “Contrôle laitier et sélection bovine” voit le jour au début des années 1960, accompagnant la régionalisation de la production agricole bretonne.

Les exposants et le public : miroir des mutations sociétales

Une foire en expansion, un public renouvelé

Les chiffres témoignent du succès et du renouvellement du public :

  • Entre 1955 et 1965, le nombre d’exposants passe de 420 à près de 700 (Archives Foire de Rennes).
  • La fréquentation grimpe, frôlant les 150 000 visiteurs lors de certaines éditions remarquées, notamment en 1966 alors que la Foire s’étend sur la Plaine de Baud, son site emblématique.

Des stands plus spécialisés

La spécialisation s’accélère, reflétant les nouveaux besoins de consommation :

  1. Pavillons ménagers : consacrés à la vie domestique, ils se diversifient. Les cuisines équipées (vestige venu des États-Unis) font leur première apparition à Rennes en 1957.
  2. Sections enfants, culture et loisirs : Des animations spécifiques sont imaginées pour les plus jeunes et de premiers mini-spectacles font leur apparition (hors concours agricoles).
  3. Technologies de l’habitat : dans les années 1960, le chauffage central et la télévision prennent leur place à la Foire.

L’ambiance unique des années 50-60 : traditions, fêtes et anecdotes

Si le progrès attire, la Foire n’abandonne pas ses racines :

  • Chaque édition s’ouvre par un défilé costumé mêlant brodeuses, sonneurs et groupes folkloriques, très photographié par Ouest-France à l’époque.
  • Un jeu-concours d'élevage équin mobilise éleveurs locaux et visiteurs passionnés (parfois récompensés à hauteur de 50 000 francs, ce qui représentait une coquette somme !).
  • Des stands proposent cidres, galettes et spécialités bretonnes, et des démonstrations culinaires in situ remportent un franc succès à chaque édition — notamment lors de la journée dédiée à la femme, instaurée dès 1958.

Petites histoires et grandes anecdotes

  • En 1958, la Foire est la première de la région à proposer une tombola automobile : une Dauphine pour le gagnant (Ouest-France, édition du 29 mars 1958).
  • Fin des années 1960 : la météo capricieuse pousse les organisateurs à innover avec des allées couvertes, prémices d’un aménagement plus moderne du site.
  • L’arrivée de la mini-jupe en 1967 fait débat… sur le stand de textile et lors des défilés de mode !

La Foire et la ville : réussir la jonction entre tradition et modernité

Au fil des années 1950 et 1960, la Foire de Rennes devient un temps fort du calendrier local. Elle profite d’un double effet :

  • Effet booster sur l’économie : la Foire attire des exposants du Grand Ouest et encourage les commerçants locaux. De nombreux contrats se signent “sur coin de table”, notamment dans le secteur agricole et automobile (Témoignages recueillis dans Rennes, Histoire d’une Métropole, éditions Apogée).
  • Effet rassembleur : la Foire favorise le brassage entre citadins et ruraux, entre générations, et entre curieux et professionnels. On estime que sur 100 000 visiteurs, près d’un tiers venait alors des départements voisins.
  • Effet vitrine : la ville modernise ses accès (stations de bus spéciales, parkings éphémères) et développe ses infrastructures pour accompagner le mouvement.

Pourquoi ces décennies ont marqué la Foire jusqu’à aujourd’hui ?

  • L’identité “grande foire régionale” naît précisément durant ces années, entre ouverture à la modernité et volonté de garder un ancrage local fort.
  • De nombreux exposants et familles rennaises parlent encore aujourd’hui de ces années comme d’une période phare, festive et innovante. Des photos d'époque sont exposées lors des dernières éditions pour témoigner de cet esprit.
  • Les premiers grands thèmes transversaux (automobile, électroménager, habitat, alimentation) sont encore au cœur de l’édition moderne.

À découvrir lors de votre prochaine visite : l’héritage des années cinquante et soixante

  • Des rétrospectives organisées : Certaines années, la Foire propose des expositions de photographies et dessins d’époque, permettant de mesurer l’évolution architecturale et sociale du site.
  • Des conférences “mémoire” : Organisées par des historiens rennais, elles plongent les visiteurs au cœur des Trente Glorieuses locales.
  • Faites le tour de l’espace patrimoine : La présence d’objets d’époque (tracteurs, voitures, appareils ménagers) ravive le souvenir de cette transformation.

À travers la modernisation et le foisonnement des innovations, la Foire de Rennes des années 1950 et 1960 a servi de creuset à un nouveau modèle d’événement populaire : ouvert, foisonnant et profondément ancré dans le quotidien des Bretons comme dans leurs aspirations à la nouveauté.

Pour aller plus loin : - Extraits des archives municipales de Rennes (consultables au CRDP ou à la Bibliothèque municipale). - Article “Les foires-expositions à Rennes” (Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest). - “Rennes, Histoire d’une Métropole”, éditions Apogée (2015).

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